L’amitié entre beaux-frères

Funérailles de Louis Cotte

L’urne funéraire de Louis Cotte, à Rivière-Rouge

Ce beau texte fut lu aux funérailles de Louis Cotte, par son beau-frère, Guy Lalande.

Louis

Parler de Louis, c’est vous dire que j’ai perdu le compagnon de ma vie et mon seul confident. Il est coutume de faire l’éloge du défunt lorsqu’on se réunit avant de le brûler ou le mettre en terre. Et c’est très bien ainsi, car cette coutume me donne l’occasion de vous dire que je n’ai pas eu de frère, mais un Beau- Frère aux multiples talents et surtout celui
de me comprendre et de m’aider tout au cours de notre vie.

Ça a un peu mal commencé notre amitié, surtout quand il eut vent que deux gars de la ville chassaient dans la région et qu’ils étaient invités à veiller un certain soir d’octobre par sa blonde Madeleine qui avait naturellement une sœur. Y avait-il péril en la demeure? Bref, en entrant dans le salon, Madeleine nous fit comprendre que son ami Louis venait d’arriver à l’improviste.

Ce gars-là s’exprimait avec assez d’aisance pour nous laisser deviner, à Pierre Chatel et moi, qu’il était le préféré dans cette maison et celui de Madeleine. Dans la conversation, il joignait assurance à connaissance des techniques de chasse avec une pointe de condescendance, car il constatait que nous étions de piètres chasseurs . Je crois que Pierre a bien camouflé sa déception ce soir-là. Par contre, la sœur m’avait envoûté par ses talents de pianiste et ses répliques de femme avertie. J’avais trouvé et téméraire espéré qu’elle serait mienne un jour. Plus tard Louis, qui avait compris que j’avais le béguin pour la sœur de sa blonde, m’accorda son amitié sans restriction. J’ai alors constaté qu’il était bourré de talents à ne savoir qu’en faire.

Il me confia que durant la dernière guerre, il s’enrôla dans l’aviation parce que les avions le fascinaient. Pour le taquiner je lui ai dit à ce moment-là qu’il n’était pas nécessaire de monter dans ces engins pour tenir un manche à balai. Cette remarque m’a valu d’entendre une avalanche de propos sur l’aviation, son histoire et ses héros. Petit lieutenant dans l’armée je me sentis alors de plus en plus petit.

Évidemment Louis avait un rêve qu’il n’a pas complètement réalisé, car l’ophtalmo qui lui examina les yeux s’est montré trop exigeant. Cela fit obstacle à l’obtention de sa licence de pilote de combat.

Les gens qui n’ont pas de rêves n’ont pas grand-chose. Et Louis avait beaucoup d’autres choses et aptitudes. Il connaissait le bâtiment sous toutes ses formes et surtout comment faire solide. Que dis-je, très solide. Il ne construisait que pour atteindre la perfection ou presque avec une patience qui surmontait les épreuves du temps. Parfois sa Madeleine trouvait qu’il exagérait. Rêveur, je vous l’ai dit, mais avec un côté pépère qui l’amenait à chercher la sécurité, même s’il préférait par-dessus tout se retrouver dans les airs cherchant l’impondérable, c’est -à-dire ce dont l’importance peut difficilement être évaluée. 

Il trouva rapidement cette sécurité en obtenant le poste d’évaluateur auprès de la communauté urbaine de Montréal qui lui accorderait une rondelette pension s’il se conduisait bien. Il avait fait le bon choix, car pendant 35 ans, il bénéficia d’une retraite assurée. Ses supérieurs avaient reconnu qu’il aimait tout ce qu’il entreprenait et le faisait bien. On n’hésita pas à lui confia la surveillance du plus gros chantier de la ville, celui du QG du SPVM.

Puis un jour, il se lia d’amitié avec un ingénieur, Pierre Monette, qui, également fonctionnaire, le comprenait et partageait ses connaissances en bâtiment. Louis m’en parlait abondamment. À cette époque, ils se sont associés et comme je procurais déjà à Louis des évaluations à faire après sinistres, tous deux ont vécu l’expérience capitaliste à leur compte. Je ne vous dirai pas que je répondais aux autres assureurs et à mon employeur que Pierre et mon Louis étaient les meilleurs évaluateurs en ville.

Leur entreprise allait très bien, mais ces deux gars bourrés de talents semblaient rongés par un excessif besoin de sécurité, tant et si bien qu’ils ont laissé passer cette occasion d’accéder à la notoriété dans leur domaine préférant la retraite du fonctionnaire.

Des années durant j’ai été bougrement fier de dire à mes compagnons de travail que je volais avec mon beau-frère qui possédait 2 avions et trois planeurs, que durant l’été nous allions en avion rejoindre nos femmes après le travail et revenions le lendemain. Qui plus est, j’ajoutais que nous avions une piste d’atterrissage à 5 k de notre chalet. De voir la tête qu’il faisait en m’entendant valait son pesant d’or.

Vous ai-je dit qu’il avait un rêve et qu’il ne l’a jamais abandonné. Nous en avons, Jacques et moi, bénéficié de ses talents d’aviateur qui nous procuraient ces extraordinaires sensations de circuler dans le vent et de voir à quel point tout est petit quand on est par-dessus. Je ne connais pas de famille où trois beau-frères prenaient place dans ces petits avions Cesna durant les années soixante et survolaient Montréal et les Laurentides. Folles sensations passagères, me direz-vous, mais combien exaltantes.

Quelque 70 ans se sont écoulées depuis cette rencontre dans le salon de Charlemagne Denis et Germaine Gauvreau. Notre amitié n’a jamais été entachée par une seule dispute ou querelle. Nous avons beaucoup discuté sur tous les sujets; parfois nous n’étions pas d’accord, et il rigolait quand je m’échauffais. Combien de fois il s’est payé ma tête! Mais chaque fois que j’avais un problème, j’appelais Louis qui n’a jamais hésité à accourir pour m’aider.

Ce singulier rêveur me laisse de très beaux de mes souvenirs d’amitiés, de fierté, d’humour et de générosité. Il laisse surtout deux enfants dont il était très fier, parce qu’ils ont comblé ses espoirs et fort probablement ses rêves.

Fier de ses origines, de ses parents et ses frères il est revenu vivre ses dernières années dans son patelin, dans la maison de son frère Frédéric et près de son beau-frère qu’il a toujours enrichi de ses propos blagueurs et souvent astucieux. Puis vers la fin, il devint locataire en RPA et s’adapta tellement bien que la gent féminine l’a comblé de toutes leurs attentions au point où je l’enviais.

Louis, je n’ai pas eu de frère, mais tu as remplacé magnifiquement celui que j’aurais pu imaginer. Où que tu sois n’oublie pas de me dire comment te retrouver, quand viendra mon tour de quitter ma famille et ceux que j’aime.

Ce 9 octobre 2021                                                            Le beau-frère Guy.


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4 réponses à L’amitié entre beaux-frères

  1. Suzanne Duchesneau dit :

    Heureuse de lire ce magnifique témoignage qui reflète tellement des côtés tout aussi profonds que précieux de mon cher Louis qu’il m’a été de rencontrer, apprivoiser (mutuellement), connaître et côtoyer….. La pandémie aura eu pour nous deux un aspect des plus formidable soit de nous donner de demeurer ensemble plusieurs mois, pour notre grand bonheur La Vie arrange bien les choses …..
    Nul doute, Guy que son départ soit un immense vide pour toi …. il était si unique, attachant, authentique, intègre et … très beau (à mes yeux, du moins)! Toujours en mon coeur, jamais oublié. Merci pour ce si bel éloge.

  2. André Cotte dit :

    J’attends ton texte Suzanne pour le mettre sur le blog lui aussi. ?

  3. Suzanne Duchesneau dit :

    Je te le fais parvenir dans les plus brefs délais, André

  4. André Cotte dit :

    Merci j’essaierai de le mettre en ligne aussi dans les plus brefs délais ?

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