Je n'aurais jamais crû en arriver là!

J’avais juré de ne jamais acheter de musique en ligne sur Archambault, iTunes ou tout autre site de musique avec des GND.

Je viens de télécharger le CD Gibraltar d’Abd al-Malik sur Archambault. Pourquoi? Ai-je tourné capot? Non.  Tout comme iTunes, Archambault commence à offrir de la musique en MP3 non protégée (sans GND).  Et le CD d’Abd al-Malik est offert sans GND.  Il y avait l’objection du prix.  Je trouvais les prix trop élevés sur les sites de téléchargement de musique numérique.  Je refuse de payer le même prix que le CD physique pour de la musique téléchargée.  Or, on m’offre Gibraltar, 15 plages, pour 9,99 $.  Le CD physique vaut 17,99 $.  L’occasion est bonne surtout que ce CD n’est pas disponible sur eMusic.

Comme quoi quand l’industrie écoute sa clientèle, elle le suit.

Si vous ne voulez pas acheter tout de suite Gibraltar, vous pouvez l’écouter gratuitement, et en toute légalité, sur Deezer.

Ceux qui savent que je ne suis plus dans ma prime jeunesse seront surpris que je télécharge du slam!  Je viens de réaliser que le hip hop et le slam sont les chansonniers de ma jeunesse.  Abd al-Malik, c’est un peu le Jacques Brel ou le Léo Ferré de mes enfants.  J’aime bien écouter ce qui touche mes enfants et leur génération.  Abd al-Malik chante les banlieues parisiennes, ce qui vient me chercher pour toutes sortes de raisons…

QuébecTorrent, vous connaissiez?

Moi, je ne connaissais pas. J’ai appris son existence par cet article de Branchez-vous, « Quinze mises en demeure contre QuebecTorrent.com« .

Si j’en parle c’est pour souligner que certains usages frauduleux de technologies libres font un grand tort aux usages légaux et légitimes.

Personnellement j’utilise le Torrent pour télécharger des distributions Linux, ainsi je libère un peu les serveurs dédiés. Il m’est arrivé aussi de télécharger de gros fichiers légaux de cette façon. Il arrive que quelqu’un mette en ligne un gros fichier légal et n’ait pas la capacité d’assurer lui-même le service de téléchargement. Torrent vient donc à la rescousse dans ces cas-là. C’est ce que faisait, au début, la Blender Fondation pour la distribution de sa vidéo Elephants Dream. Depuis, des serveurs ont accepté d’offrir le téléchargement. Torrent a été nécessaire pour lancer l’affaire.

Je trouverais donc déplorable qu’on s’attaque (judiciairement) aux auteurs de logiciels de Torrent me privant ainsi d’un outil que j’utilise de façon légale et légitime. Plus il y aura d’usages illégaux de Torrent plus les logiciels qui le permettent seront à risque. La lettre de la fameuse loi DADVSI en France va dans ce sens. On interdit les outils permettant de transgresser la loi et non pas uniquement le transgresseur.

L’avocat de QuébecTorrent souhaite qu’on permette à QuébecTorrent de survivre en lui suggérant des usages légaux pour son service. Quant à moi, ils auraient dû y penser plus tôt.

Deezer, le début d'une révolution?

Connaissez-vous Deezer? Deezer, c’est probablement le premier site qui offre d’écouter légalement et gratuitement de la musique commerciale. Au printemps 2007, le site (qui portait un autre nom) fut fermé par une poursuite légale. Il a réouvert après avoir fait une entente avec la SACEM, l’organisme, en France, qui représente les artistes. Il vient tout juste de conclure une entente avec l’un des quatre grands, Sony BMG.

En écrivant ce billet, j’écoute sur Deezer, Abd al Malik. Un chanteur de style hip hop qui chante les banlieues de France et les immigrants de deuxième génération. Une façon de trouver inutile le débat sur les accomodements raisonnables.

Sur Deezer, on écoute tant qu’on veut mais on ne télécharge rien. Au mieux, on vous dirige vers iTune pour acheter la toune.

La révolution, c’est que les grands de l’industrie commencent à comprendre qu’on ne passera pas à côté du Web et qu’il faut s’en accomoder. Pour l’instant, Deezer n’offre que 200 000 tounes. Je suis persuadé qu’ils auront bientôt plus d’un million de pièces musicales.

On compte sur la publicité, comme toujours, pour rentabiliser le tout. Deezer partage les revenus de la publicité avec les éditeurs des cédéroms. La radio fonctionne de la même façon, et ça marche.

On verra bien si la formule tient la route.

Il faut lire les petits caractères

Si vous venez régulièrement sur mon carnet, vous connaissez ma position sur la Gestion numérique des droits (GND ou DRM en anglais).  Je viens de retrouver un texte ancien (février 2003) qui, à l’occasion de la sortie de la première version de Windows Media Player comprenant des mécanismes de gestion numériques des droits, expliquait comment en acceptant le Contrat de Licence Utilisateur Final (CLUF) de cette nouvelle version, on ouvrait la porte à bien des abus. On clique toujours sur « J’accepte » ou « I agree » sans lire ces CLUF. Si on savait tout ce qu’on accepte, probablement qu’on serait moins vite sur le piton.

Sous le titre « Devinez qui vient fouiller chez-vous ce soir?« , l’auteur vulgarise très bien le fonctionnement de ces GND.

Voilà pourquoi je suis partisan des fichiers sans GND tout en préconisant le respect strict du droit d’auteur. J’écoute beaucoup de musique numérisée, toute légale. Elle provient soit de mes propres CD audio ou de sites, comme eMusic, qui offrent de la musique payante ou gratuite légale et sans GND.

Dans le même ordre d’idée, il existe des formats de compression de musique ou de vidéo ouverts, libres et sans GDN. Une campagne est en cours pour en faire la promotion et inciter les sites Web à les utiliser. La campagne utilise l’acronyme SOM pour Spread Open Multimedia.

La SACEM se libéralise…

Ceux qui ont suivi les péripéties de l’adoption de la loi DADVSI en France savent à quel point la SACEM, la société de gestion des droits d’auteur sur la musique était campé sur ses positions. Elle interdisait même à ses membres (chanteurs et musiciens) de mettre sous licence libre des chansons jamais publiées.

Elle vient de signer une entente avec Deezer, un site d’écoute gratuite de musique sous droit d’auteur, pour permettre la diffusion gratuite des pièces musicales de ses membres, en échange d’un pourcentage des revenus publicitaires de Deezer qu’elle répartira entre ses membres. C’est presqu’un 180 degrés. Deezer nous dirige vers iTunes Store quand on veut télécharger une pièce, c’est peut-être là que se situe l’intérêt de la SACEM.

Deezer est en négociation avec d’autres sociétés de gestion de droits d’auteur. L’industrie de la musique semble commencer à comprendre qu’elle devra adapter ses modes de distribution à l’ère du numérique et du Net.

Une expérience à suivre